La Fondation Abbé Pierre sonne l’alarme dans son rapport annuel de 2023, décrivant cette année comme celle de l’aggravation alarmante de la crise du logement. La «bombe sociale» a explosé, touchant aussi bien les plus vulnérables que les classes moyennes et les candidats à l’achat, engendrant des conséquences dévastatrices sur l’ensemble de la société. Malgré cette situation critique, le gouvernement persiste dans une politique d’austérité, une erreur fondamentale selon Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.
Les chiffres révèlent une réalité cruelle : 330 000 personnes sans domicile, soit plus du double en dix ans, et 4,2 millions de personnes mal logées. Le manque de places d’hébergement d’urgence a atteint des niveaux critiques, avec plus de 8 300 personnes refusées chaque soir à l’automne, dont 2 800 mineurs. L’accès au logement social a chuté brutalement, affectant 2,6 millions de ménages en attente. Paradoxalement, ceux vivant avec moins de 500 euros par mois ont vu leur taux de succès diminuer de 22% à 12% entre 2017 et 2022.
La crise du logement, selon la Fondation, est désormais inédite, touchant tous les publics et paralysant l’ensemble des secteurs d’activité. La mobilité des salariés est bloquée, les entreprises peinent à recruter, les ménages font face à la diminution de l’offre locative privée, les jeunes renoncent à leurs études faute de logement, et la concurrence pour les logements sociaux s’intensifie.
Face à ce constat accablant, la Fondation Abbé Pierre déplore l’absence de réponse réelle du gouvernement et le différend de diagnostic entre les acteurs de terrain et l’État. L’habitat indigne, qui touche plus d’un million de personnes, pèse lourdement sur la vie des plus modestes. Le Premier ministre promet un «choc d’offre», mais la Fondation insiste sur la nécessité de prendre en compte les trois quarts des demandeurs de logements sociaux, qui attendent un logement très social.
La Fondation appelle à relever l’effort public pour le logement, soulignant qu’il n’a jamais été aussi faible depuis 2010. Ses propositions incluent la priorité nationale à la lutte contre le sans-abrisme, le financement accru du logement social, la généralisation de l’encadrement des loyers, la revalorisation des aides personnalisées au logement (APL), et elle rappelle la sagesse de l’abbé Pierre : «gouverner, c’est d’abord loger son peuple». Face à cette crise du logement, des actions concrètes et immédiates sont nécessaires pour remédier à une situation devenue intenable pour de nombreux citoyens.







