Vous avez reçu un affichage dans le hall ou un courrier du bailleur : « présence de légionelles dans l’eau chaude de l’immeuble ». Cela inquiète, à juste titre, mais il y a des règles précises. Voici ce que doit faire le bailleur, ce que vous pouvez faire vous-même et quand alerter les autorités de santé.
Les légionelles, c’est quoi ?
Ce sont des bactéries présentes dans l’eau. Elles se développent surtout quand l’eau est entre 25 et 45 °C, et dans les zones où elle stagne (ballons, bouts de réseau peu utilisés, tartre).
On ne la contracte pas en buvant : la contamination se fait en respirant de fines gouttelettes d’eau contaminée, par exemple dans une douche. La maladie, la légionellose, est une infection pulmonaire grave. Elle touche surtout les personnes fragiles (âge avancé, tabagisme, maladies respiratoires, diabète, immunodépression).
Pourquoi l’eau chaude collective est concernée
Dans un immeuble à production d’eau chaude collective, un réseau mal entretenu, une eau qui stagne ou un mélange eau chaude/eau froide défaillant (mitigeur ou protection anti-retour en panne) favorisent les bactéries. Les causes principales sont une conception défectueuse et une maintenance insuffisante.
Ce que doit faire le bailleur
Pour un immeuble d’habitation, les obligations ne sont pas les mêmes que pour les établissements recevant du public, mais le Code de la santé publique impose de surveiller la qualité de l’eau et d’agir en cas de risque. Selon l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, le bailleur ou le gestionnaire doit notamment :
- maîtriser les températures : sortie de production supérieure à 55 °C, et tout point de la distribution supérieur à 50 °C ;
- faire circuler l’eau pour éviter la stagnation, et lutter contre le tartre et la corrosion ;
- contrôler les températures au moins une fois par mois (sortie de production, retour de boucle, points d’usage éloignés) ;
- faire réaliser des analyses au moins une fois par an par un laboratoire accrédité (recommandé) ;
- entretenir le réseau : chasses en fond de ballon, vidange, détartrage et désinfection, bras morts supprimés ou purgés ;
- faire une évaluation des risques par un professionnel qualifié ;
- tenir un carnet sanitaire et un plan du réseau à jour.
Si des légionelles sont détectées
D’après l’ARS, toute détection, même sous le seuil, est un signal de dysfonctionnement à corriger. Le bailleur doit :
- Limiter les usages à risque (douches, par exemple, avec des filtres anti-légionelles si nécessaire).
- Chercher la cause (températures, stagnation, tartre) et traiter : purge, soutirage, désinfection si besoin.
- Refaire une analyse (contrôle au moins 48 h après un traitement choc, puis 2 à 8 semaines après).
- Vous informer rapidement et clairement : affichage, courrier, mail ou SMS, avec le risque, les précautions et les actions engagées, puis un suivi régulier jusqu’à la résolution.
- Signaler la contamination à l’ARS, qui vérifie qu’aucun cas de légionellose n’est lié à l’immeuble.
Ce que vous pouvez faire
- Suivre les consignes du bailleur (par exemple éviter les douches ou utiliser l’eau froide pour certains usages) tant que le problème n’est pas réglé.
- Consulter un médecin en cas de symptômes évocateurs (fièvre, toux, difficultés à respirer) et lui dire que votre immeuble est concerné.
- Signaler par écrit au bailleur une eau chaude qui ne chauffe plus, tiède ou qui met longtemps à arriver : cela peut indiquer un défaut de température.
- Alerter l’ARS si le bailleur ne répond pas ou ne vous informe pas.
Qui contacter ?
Selon votre situation, ce ne sont pas les mêmes interlocuteurs.
Si vous voyez un affichage ou si vous recevez un courrier sur les légionelles, c’est votre bailleur ou son gestionnaire qui vous donne les consignes à suivre. Lisez-les en entier et appliquez-les tant que le problème n’est pas résolu.
Si l’eau chaude est tiède ou en panne, prévenez aussi votre bailleur, par écrit, en précisant le logement, l’étage, depuis quand et si vos voisins sont touchés. Une eau chaude qui ne chauffe plus peut indiquer un défaut de température dans le réseau, et c’est à lui d’y remédier.
Si vous avez des symptômes évocateurs, comme de la fièvre, de la toux ou des difficultés à respirer, voyez un médecin sans attendre, ou appelez les secours si votre état est grave. Dites-lui que votre immeuble est concerné.
Si le bailleur ne vous répond pas ou ne vous informe pas, vous pouvez alerter l’ARS de votre département. C’est elle qui mène l’enquête quand un cas de légionellose est signalé, et elle peut demander au bailleur les résultats d’analyses.
FAQ
Peut-on boire l’eau du robinet ?
Le risque vient de l’inhalation de gouttelettes, pas de l’ingestion. Suivez toutefois les consignes du bailleur.
Les légionelles se transmettent-elles d’une personne à l’autre ?
Les sources que j’ai consultées ne le disent pas. Voir « à vérifier ».
À quelle température l’eau chaude doit-elle être ?
Les repères donnés par l’ARS sont une sortie de production supérieure à 55 °C et une distribution supérieure à 50 °C. Ne réglez pas vous-même la chaudière collective.
Le bailleur doit-il m’informer ?
Oui, selon l’ARS, les locataires doivent être prévenus en cas de présence de légionelles.
Et dans mon appartement avec chaudière individuelle ?
Les obligations décrites ici concernent surtout l’eau chaude collective. Pour une chaudière individuelle, voir mise en route de la chaudière.
Le regard d’un gardien
Dans mon quotidien, je ne fais pas la maintenance des chaufferies: cela relève des entreprises sous contrat et du bailleur. Mon rôle est ailleurs. Je suis souvent la première personne à qui un locataire parle quand quelque chose ne va pas dans l’immeuble, et c’est moi qui fais remonter l’information.
Pour l’eau chaude, ce que je retiens, c’est que les locataires signalent rarement « un risque de légionelles ». Ils disent plutôt : « l’eau chaude est tiède », « elle met longtemps à arriver » ou « elle ne chauffe plus le soir ». Ce sont justement les signaux qui comptent, parce qu’ils peuvent indiquer un problème de température dans le réseau.
Mon conseil est simple : si vous remarquez ce genre de problème, ne vous contentez pas d’en parler à un voisin. Prévenez le bailleur par écrit, en précisant le logement, l’étage, depuis quand, et si d’autres voisins sont concernés. Une demande précise se traite plus vite qu’un « ça ne marche pas ».
Et si un affichage ou un courrier annonce des légionelles, lisez-le en entier : les consignes y sont, et le bailleur doit vous tenir informé jusqu’à la fin du problème. Si vous avez un doute sur votre santé, la première étape est le médecin, pas le gardien.
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